S’abandonner au présent — ou mourir à ses illusions pour se retrouver soi-même
Il y a des textes qui viennent d’une observation patiente de soi, plus que d’une idée. Celui-ci est né en regardant, chez moi comme chez les personnes que j’accompagne, ce mécanisme si commun : vivre suspendu entre un passé qu’on rejoue et un futur qu’on espère, plutôt que d’habiter pleinement l’instant présent.
S’abandonner au présent
S’abandonner au présent, s’abandonner à soi ou mourir à soi.
Bien souvent nous vivons entre passé et futur. Nous projetons fréquemment dans notre futur le modèle du passé. Nous nous imaginons des objectifs à atteindre, dont nous faisons dépendre notre bien-être, notre bonheur et auxquels nous nous identifions. Comme si en atteignant ces objectifs futurs nous serons heureux et satisfaits.
Bien souvent ce chemin se résume donc à insatisfaction — carburant nécessaire à notre avancée — jusqu’à destination, puis jouissance éphémère, bref instant de satisfaction avant de retourner dans une nouvelle boucle, comme une vie de douces illusions nous faisant échapper au moment présent et à nous-mêmes.
Ce que l’on peut prendre conscience, c’est que nous nous berçons d’illusions, comme pour fuir le moment présent et notre sentiment de manque, de vide et d’insatisfaction. Et sur le modèle du passé, nous projetons un stratagème pour y remédier. Comme une douce habitude léthargique nous menant à notre propre perte.
Mais fuir cet instant présent et vivre dans le passé et le futur n’est qu’illusion, et une non-acceptation de ce que nous sommes, une non-acceptation de ce que nous ressentons sur l’instant présent.
C’est une manière de combler le vide présent par des choses ou des situations extérieures, comme pour se donner l’illusion de se sentir moins vide et ainsi prendre soin de nous — comme si nous devions accumuler les choses et devenir de plus en plus quelque chose ou quelqu’un.
Ajoutons à cela que nous avons tendance à nous identifier à nos actions, donc nous nous identifions à ces illusions — et c’est à vrai dire le meilleur moyen de se perdre soi-même.
L’invitation est de pouvoir accepter pleinement cet instant présent, comme une invitation à s’accepter pleinement, entièrement, vide de concept, dépouillé de nos illusions, libre de nos schémas de fonctionnement, dans une présence absolue à ce qui est, libre de recherche et libre de lutte.
C’est mourir à soi, car ce sont nos illusions qui s’évanouissent et meurent, et comme nous nous y sommes identifiés, nous pouvons avoir la sensation que nous mourons. Oui, nous mourons, mais à nous-mêmes, à notre essence, à notre réalité éveillée du moment présent. À la rencontre de soi, ce soi que nous avons cherché à fuir tant d’années — et là se trouve la plus belle preuve d’amour envers soi-même, le plus haut degré d’acceptation de soi, comme si nous retrouvions, depuis tant de temps, ce que nous avions cherché ailleurs et à l’extérieur.
Et c’est cela, prendre soin de soi : s’accepter pleinement, inconditionnellement. Ce moment où nous arrêtons de chercher et de lutter, à obtenir quelque chose, à être quelqu’un — et nous redevenons simplement nous-mêmes.
Pourquoi ce mécanisme est si difficile à voir
Ce qui rend cette boucle passé-futur si tenace, c’est qu’elle ne se présente jamais comme un piège. Elle se présente comme du bon sens : avoir des objectifs, vouloir progresser, chercher à s’améliorer. Le problème n’est pas l’objectif en lui-même, mais l’endroit où l’on place sa valeur et son droit d’être bien — quand il dépend d’un horizon toujours repoussé, le présent devient une simple salle d’attente.
« Mourir à soi » : une expression à ne pas prendre au sens fragile
Cette formule peut inquiéter au premier abord. Elle ne parle pas d’effacement ni de renoncement à exister. Elle parle de la disparition de ce qu’on avait pris pour soi — les rôles, les objectifs, les images — pour laisser place à quelque chose de plus stable en dessous. C’est souvent ce que décrivent, chacun à sa manière, les traditions contemplatives et certaines approches de la psychologie du développement : ce n’est pas la personne qui meurt, ce sont les identifications qui se dissolvent.
Un chemin qui ne passe pas que par la pensée
Comprendre ce mécanisme intellectuellement est une première étape. Mais l’acceptation dont parle ce texte se joue avant tout dans le corps et dans le ressenti — là où se logent les tensions accumulées à force de fuir l’instant présent. C’est tout le sens du massage intuitif que je propose à Viuz-en-Sallaz, en Haute-Savoie : un espace sans objectif à atteindre, où le corps peut simplement être là, sans avoir à devenir quoi que ce soit.
Pour aller plus loin dans cette exploration de soi, le Jeu de la Connaissance de Soi offre un support concret pour mettre des mots sur ces mécanismes d’identification, seul ou en groupe.
Une pratique simple pour commencer
Pas besoin de grande théorie pour amorcer ce chemin. La prochaine fois que vous sentez l’esprit filer vers un projet futur ou ressasser un souvenir, arrêtez-vous une minute. Sentez vos pieds, votre respiration, ce qui est là, maintenant, sans rien y ajouter. C’est un tout petit pas — mais c’est déjà, à sa mesure, s’abandonner au présent.
Florent Chardonnet, praticien bien-être à Viuz-en-Sallaz (Haute-Savoie), propose des massages intuitifs en cabinet et à domicile dans toute la Vallée de l’Arve (Annemasse, Bonneville, Cluses, Marignier…), ainsi que des interventions en entreprise et des ateliers de connaissance de soi.
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